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Economie, social, environnement

Services publics- Le cas de Marseille

par Pierre Rastoin, Ancien Adjoint au Maire de Marseille (Finances),Ancien Maire des 13/ 14èmes Ards de Marseille



La Régie des Transports de Marseille (RTM)

Deux grandes villes seulement en France, Paris et Marseille, conservent, pour la gestion de leurs transports en commun, une Régie directe. Toutes les autres, Lyon, Nice, Bordeaux, Toulouse, …, les ont passés en délégation de Service Public (DSP) et ne semblent pas s'en plaindre, pas plus que leurs utilisateurs, bien au contraire. Par contre, il est bon de savoir qu'aux USA, 90% des réseaux des grandes villes sont en régie publique !

La gestion de la RTM
En terme de recettes et de fréquentation, autant qu'on puisse faire des comparaisons, la RTM se situe parmi les bons réseaux de France, même si le choix du Métro pour une ville de 800 000 habitants était risqué. On le voit bien d'ailleurs, il n'est jamais saturé, même aux heures de pointe et le choix si contesté de l'avoir fermé le soir, sauf grandes occasions, fut motivé d'abord par sa très faible fréquentation de nuit, amenant un sentiment d'insécurité.
Par contre, en terme de dépenses, la RTM est chère, le prix de revient au kilomètre est 25 à 30% plus cher que dans les autres réseaux. Les transports en commun lyonnais, gérés depuis longtemps par une entreprise privée, Kéolis, en DSP, parcourent 46 000 km/an contre 24 000 pour la RTM, et coûtent deux fois moins cher au km que la RTM, avec 30% d'effectifs en plus à Marseille. En fait, une des raisons du coût élevé provient du résultat de la grande grève de 1995. De 90 à 95, de grands efforts de productivité avaient ramené la RTM au niveau des autres grandes villes. Le Directeur Général (Jacques de Plazzaola), en confiance avec le Maire de l'époque, avait négocié un double statut du personnel : au personnel existant, maintien du statut très favorable, pour les nouvelles recrues, statut de droit commun amélioré. La stabilité de l'emploi, malgré le nouveau statut n'avait pas empêché la RTM de recruter normalement. Dès 1995, changement de Maire, qui a eu l'imprudence de dire que le double statut était une erreur. Naturellement la grève se déclenche pour réclamer son abrogation, ce qui fut accordé après une grève très dure. La négociation sera conduite par l'homme de confiance du Maire et signe le désaveu du DG et son départ. Le laxisme est revenu… comme le déficit croissant. La participation de la Ville, remplacée par la Communauté urbaine est à l'avenant, sachant que les salaires représentent 70% des dépenses. Le personnel est abondant (3 080 équivalents temps pleins dont la moitié de chauffeurs) et plutôt bien payé, un chauffeur, qui n'est pas de grande qualification commence à 1 570€/mois et termine à 2 000€.

Le Tram
Sans qu'on sache très bien pourquoi, le métro étant loin d'être saturé, la municipalité a décidé de construire un tram et de le gérer en DSP. Normalement cela aurait été plus judicieux de le diriger vers les banlieues, mais on a préféré le faire en centre ville, avec toutes les immenses nuisances qu'il occasionne. De plus, il double pratiquement en surface le métro existant. Le risque de "cannibalisation" du métro est évident (même si les études le limitent à 9%). Mal expliqué, mal compris, ce choix pose de nombreuses questions qui alimentent le débat.
Autre type de question : pourquoi passer en DSP le tram seulement, avec le risque évident de concurrence perverse qui ne manquera pas de jouer. Par crainte de voir arriver un étranger (?), la ville suscite un groupement d'intérêt économique (GIE), 51% RTM, 49% Connex qui soumissionnera. Mais cela risque de donner une gestion schizophrène ! L'ensemble des syndicats de la RTM, pour une fois unis, y compris la CGC, a voté contre. Dans l'entreprise, personne n'est convaincu.
Diverses explications embarrassées seront données pour justifier la DSP : l'Europe l'exigerait. Faux, une fois de plus l'Europe a bon dos.
La Banque européenne d'Investissements, BEI, y tiendrait pour accorder de bons taux. Faux, d'ailleurs la RATP a obtenu un prêt de la BEI pour le financement du tram des Maréchaux en régie directe.
Les investissements prévus sont de 800 Millions € (y compris le prolongement du métro) et le financement est mal bouclé, les subventions publiques (Etat, Conseil régional, Conseil général) insuffisantes. Elles atteignent tout juste 10%, la Communauté urbaine Marseille Provence Métropole MPM devra emprunter le solde et les maires de MPM renâclent.
En fait le choix de la DSP est un choix politique du Maire qu'il a fait approuver par le Conseil de Communauté. Il ne peut faire marche arrière sans perdre la face. En plus, la DSP n'est pas intelligible, et personne n'y soumissionne à part le GIE RTM/Connex. Le Maire voulait une mise en concurrence, même s'il espérait la victoire du GIE, il n'ose même pas annoncer le résultat !

La crise
La CGT lance la grève le 4 Octobre, jour du grand défilé unitaire national, bien avant la date limite de dépôt des candidatures fixée au 18 Octobre. Et la CGT ne formule qu'une seule demande : l'abandon de la DSP , demande politique qui déborde ses compétences, demande impossible à suivre.
Et c'est le blocage. Marseille est prise en otage par les syndicats, même s'ils savent bien qu'il n'y a qu'un seul soumissionnaire, le GIE où la RTM est majoritaire et qu'il va donc l'emporter. La majorité des salariés ne souhaite pas la grève, même si la plupart des syndicats se sont ralliés au fer de lance qui est la CGT. Un climat de grande tension est installé dans la Régie pour paire grande pression sur les chauffeurs et forcer un maximum d'entre eux à faire grève, du coup bon nombre d'entre eux préférent se faire mettre en maladie.
La situation est dramatiquement bloquée, c'est le dialogue de sourds entre la Mairie, seul négociateur acceptable, et les syndicats.
Un médiateur national arrivera-t-il à la débloquer, fut-ce un homme de très grand talent et de grande expérience comme Bernard Brunhes ? Le vrai drame c'est qu'une fois de plus, devant la carence et la faiblesse du pouvoir politique local, les Pouvoirs Publics doivent reprendre la main dans une affaire totalement marseillaise et c'est le Gouvernement qui nomme le médiateur. Quel affront pour tous les Marseillais !




Conclusion

Parfois, il faut des années pour tirer les conséquences de faits particuliers. Il est vraisemblable que ces trois évènements vont accélérer le cours de l'Histoire économique, marseillaise sûrement, française peut-être.
Les Marseillais, les Français aussi, vont vite se rendre compte qu'ils ont été bernés par une poignée de privilégiés. L'important pour le citoyen moyen c'est vraiment l'accès pour tous aux services publics, à un prix accessible à tous, garanti par la Puissance Publique. Un certain type de Service Public, générateur de privilèges, est mort même s'il est encore capable de soubresauts. Le Gouvernement, le législateur devront bien avoir le courage de voir plus loin que la sauvegarde à tous prix de l'ordre existant, surtout lorsqu'il est condamné par l'évolution de l'histoire.
Cette triste histoire est significative. Elle montre que le courage fait singulièrement défaut à nos principaux responsables, le Gouvernement, particulièrement le Ministre des Transports, mais aussi la Municipalité de Marseille, même si le Maire a essayé de soutenir le DG du Port.
Ce qu'elle manifeste le plus sûrement, et les Marseillais le savent depuis longtemps, c'est la défiance dans laquelle les tient le pouvoir national. Notre vieux pays, jacobin si ce n'est colbertiste, s'est toujours méfié des responsables locaux. Il considère toujours que la décision appartient aux échelons centraux, à peine décentralisés sur des Préfets, dont nous venons de voir que même ceux qui ont une forte personnalité sont aux ordres.
Pour Marseille, qui depuis une quinzaine d'années commençait à se redresser, à retrouver sa place en Méditerranée et dans le monde, le coup est particulièrement rude. La victoire de la CGT, si elle se confirme, sera une victoire à la Pyrrhus, elle conduira notre ville vers une crise profonde, après tout c'est peut-être ce qu'elle cherche.
Quant à nos responsables politiques, ils devraient méditer sur la fameuse phrase d'Henri Queuille, Président du Conseil en 1948 : Il n'est pas de problème que le temps et l'absence de solution ne contribue à résoudre. Nous savons bien où cela a mené la France ! A force de ne pas résoudre les problèmes à temps, ils vous sautent un jour à la figure et il faut bien alors les régler, mal, dans l'urgence.
J'ai toujours, comme la plupart des Français, accepté de payer mes impôts, nationaux et locaux. Je crois encore au rôle irremplaçable de la Puissance Publique pour assurer à tous un certain nombre de services d'intérêt général, éducation, santé, justice, sécurité…, mais à force de voir les gaspillages entraînés par une gestion publique, totalement irresponsable, d'entreprises relevant de l'économie, hier le Crédit Lyonnais, Elf ou France Télécom, aujourd'hui la SNCM ou la RTM, comment y croire encore.
Pour ma part, j'ai confiance en la jeunesse de notre ville, la plus internationale de France. Elle saura bien bousculer toutes ces scléroses qui nous entravent pour continuer à nous ouvrir au grand vent du large et d'abord de la Méditerranée, ce qui a toujours été la vocation de Marseille. Je fais confiance à cette jeunesse pour affirmer qu'elle est capable de prendre son destin en mains, de faire ses choix sans attendre que "Paris" lui envoie des arbitres. Je fais confiance enfin, aux responsables économiques très conscients que leur rôle sera de plus en plus fondamental pour assurer le développement de Marseille en Méditerranée.

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Mercredi 2 Novembre 2005 - 21:59
Pierre Rastoin

Services_Publicsde_Pierre_Rastoin.doc Services Publicsde Pierre Rastoin.doc  (83.5 Ko)



1.Posté par muraille le 20/03/2009 11:33
trés surprise que les syndicats n'aient pas appelé à l grève le 19 mars alors qu'ils ont fait grève, particulièrement la C.F.T.C., pendant 56 ' pendant des semaines pour les chauffeurs métro et n'ont pas obtenu satisfaction ! cela veut-il dire qu'il n'y a grève que lorsque la salaire n'est pas retenu ? désolant , hier sur les milliers de manifestants l'absence de la RTM faisait grincer des dents les usagers.

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