Une fois n’est pas coutume, regardons du côté de l’Angleterre. Si l’ancien empire britannique fait exception dans son adoption de l’euro, il ne la fait pas en matière de crise. L’Angleterre vit, elle aussi, des moments difficiles. Il s’agit donc d’annoncer des mesures d’austérité. La reine elle-même y a été de son discours. Avec tout l’apparat nécessaire, bien sûr, protocole oblige, tradition exige. Le spectacle était étonnant. D’un ton monocorde, sur un trône de majesté, coiffée d’une couronne ornée de plus de trois mille pierres précieuses, elle a demandé à ses concitoyens d’accepter les sacrifices. Et vous, majesté ? Combien de pierres précieuses mettrez-vous en vente ? Ce ne serait sans doute que symbolique, mais le symbole peut parfois redonner du souffle.
C’est bien évident, elle n’est pas la seule. Ce n’est pas une excuse, mais au contraire, l’occasion d’une prise de conscience. Ainsi dans l’Église. Voilà précisément ce qui fait scandale. La répétition urbi et orbi des grandes valeurs évangéliques et certaines pratiques, certes individuelles. Mais il y a aussi, dans l’institution ecclésiale, un “style“ qui contraste singulièrement avec la simplicité des origines. Saluons au passage l’excellent article de Jacques Vermeylen dans “La Libre Belgique” du 27 mai dernier. Cherchant à expliquer pourquoi les scandales dans l’Église ont un tel retentissement dans la presse (alors que seulement 4% des abuseurs sont des prêtres), il écrit : “Je pense que le catholicisme paye ainsi le prix de son hyper centralisme, de son cléricalisme et de sa prétention à enseigner aux autres la vérité morale.” En conclusion de son article, il exprime sa crainte.
Tout comme, après la crise financière, chacun croyait que l’on allait repenser le système, et rien ne vint, ainsi l’on prend conscience aujourd’hui que ce qu’il appelle le “système catholique“ doit être révisé en profondeur. Mais, ajoute-t-il, l’Église aura-t-elle ce courage ? Cette question posée à l’institution est aussi posée à tous les individus. Quel est l’écart que nous tolérons, chacun et chacune, entre nos conversations du café du commerce et notre pratique quotidienne, entre nos proclamations humanistes et notre engagement sur le terrain ? C’est la crise pour tout le monde, mais, hélas, chacun essaie d’en sortir le mieux possible… tout seul.