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Mardi 7 Septembre 2010
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De Gaza à Beyrouth?



De Gaza à Beyrouth?
Cette fois, il semble que tout a commencé avec l’enlèvement d’un soldat israélien et Gaza est devenu un véritable enfer. Puis, suite à l’assassinat de trois soldats israéliens et à l’enlèvement de deux autres soldats, le Liban s’est transformé lui aussi en véritable enfer.

L’escalade des confrontations et l’élargissement sans fin des cercles de la violence dans cette région instable relèvent presque du surréalisme – y compris pour les plus anciens observateurs du Moyen-Orient. En effet, le rapt de soldats israéliens aux seules fins de les utiliser comme monnaie d’échange contre des soldats arabes constitue en lui-même un acte qui ne saurait être toléré et que d’aucuns devraient condamner. Sans tenir compte des prétendues justifications avancées pour ces enlèvements, elles se révèlent fausses en soi et ne peuvent pas devenir justes du fait que les Palestiniens, les Libanais ou d’autres peuples arabes endurent davantage de souffrances.

Néanmoins, par frustration, colère, vengeance ou arrogance, il est excessif de lancer simultanément tout l’arsenal militaire de l’unique super puissance de la région sur deux fronts vulnérables ; une telle attitude mérite d’être condamnée aussi sévèrement que les enlèvements eux-mêmes. Il n’est nul besoin de faire ici des parallèles sur le plan moral ; il reste, toutefois, qu’aucun état n’a le droit de tenir un pays et ses citoyens en otage en représailles pour avoir été, lui-même et ses soldats, tenus en otage.

Quelles leçons peut-on tirer de cet assaut punitif lancé sur l’infortunée Bande de Gaza ? Que peut-on dire de la récompense accordée au Liban qui après s’être relevé des cendres de la guerre civile se retrouve maintenant catapulté dans la confusion et les ruines ? Je reviens tout juste de Beyrouth où j’ai vécu la douleur de la plupart des Libanais alors qu’ils voyaient leur petit et pittoresque pays, certes affaibli, se transformer en arène sanglante où tant d’intérêts géopolitique et mercantiles se livraient bataille.

Il est impossible, en une page, d’analyser les complexités stupéfiantes de cette région. J’essaierai, néanmoins, de vous livrer quelques brèves réflexions :

▪ Une telle réaction disproportionnée de la part d’Israël s’avère peu judicieuse : cela ne pourra jamais servir ni ses intérêts ni l’établissement de la paix dans la région. L’Histoire nous a prouvé, maintes fois, que de telles politiques d’intimidation et de tels mouvements tactiques n’ont jamais permis de résoudre les problèmes. On ne peut pas contraindre tout un peuple à la soumission, quelle que soit la force employée. En outre, l’ironie veut que ce soit maintenant Israël qui demande l’application de la résolution 1559 du Conseil de Sécurité de l’ONU alors que, par le passé, et soutenu par les Etats-Unis, il s’est constamment défié de toute une liste de ces résolutions.

▪ Alors que les denrées de base, les médicaments, l’eau et l’électricité commencent dangereusement à manquer à Gaza et dans certaines régions du Liban, on se demande si les Conventions de Genève ainsi que les lois internationales en matière humanitaire sont véritablement efficaces aujourd’hui.

▪ Il est inévitable que la plupart des peuples arabes et musulmans nourriront dès à présent des points de vue radicaux à l’égard d’Israël et, par extension, à l’égard de l’Occident. La répression brutale exercée à l’encontre des Palestiniens ou des Libanais par le gouvernement israélien dirigé par le parti Kadima ne débouchera pas sur une reddition. Bien au contraire, elle favorisera la montée croissante de sentiments politiques islamistes et de mouvements de résistance. Les idées ne sauraient être pulvérisées par la force brute.

▪ Alors que la situation ne cesse de se détériorer, Arabes et Musulmans commencent à comprendre de plus en plus que les Etats-Unis – et maintenant certains pays de l’Union Européenne – ne peuvent être considérés comme des acteurs impartiaux de la résolution du conflit. Quel mélange grisant pour des affrontements à venir entre comportements et idéologies, pour ne pas dire entre moralité et religions. Malheureusement, la grandiloquence creuse de certains dirigeants politiques à travers le monde est compensée par le silence assourdissant de nombreux leaders religieux musulmans et juifs, cachés derrière leur propre parapet.


▪ De nombreux dirigeants arabes qui, l’année dernière, avaient unanimement salué le Liban comme un modèle de démocratie, sont aujourd’hui en désaccord à propos de cette dernière agression contre un état souverain, ou se contentent d’observer le déroulement des faits en espérant que leur propres différences politiques, et à plus forte raison leurs différences confessionnelles, puissent être réglées par un autre parti.

▪ Des affrontements communautaires qui sèment la discorde commencent à apparaître au sein des rangs libanais et palestiniens au sujet de la sagesse d’une telle « résistance » à Israël. C’est essentiel eu égard aux trous noirs politiques qui menacent à l’horizon et qui ne manqueront pas d’aspirer toute la région dans le vortex d’un sectarisme, de conflits et de troubles accrus.


Au cours de ces quelques dernières semaines, je ne pense pas qu’il ait été uniquement question de soldats israéliens, du lancement de roquettes, du Hamas ou du Hezbollah. Il est probable que nous soyons plutôt les témoins – essentiellement derrière nos écrans de télévision – d’une remodelage intelligent du Moyen-Orient, qui s’étendrait de la mer Caspienne à la mer d’Arabie, en vue d’en modifier sa dynamique, ses acteurs locaux et ses conflits régionaux.

Aujourd’hui, cependant, toutes mes pensées convergent vers ces innombrables enfants, femmes et hommes orphelins, blessés, déplacés ou traumatisés et qui souffrent de l’impunité de la belligérance. Une cessation des hostilités qui, inévitablement, épargnerait la vie de nombreux civils au sein de ces trois peuples pourrait certainement bien nous aider à nous recentrer sur les choses essentielles. N’êtes-vous pas de cet avis ?

Harry Hagopian a été négociateur sur Jérusalem lors des Accords d'Oslo. Il est Conseiller œcuménique, juridique et politique de l'Eglise Arménienne, avocat en droit international,
conseiller sur le Moyen Orient auprès de l'ONG Minority Rights Group International et
conseiller du Holy Land Christian Ecumenical Foundation


Article traduit de l'anglais par France-lyne Payet

harry hagopian


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